Blog masculiniste pour l'harmonie H-F

[06] – Les stéréotypes ont aussi du bon !

(Et si on « luttait » plutôt contre le simplisme et pour un débat de meilleure tenue ?)

La chose est claire depuis déjà un certain temps : les discours de la pensée dominante et idéologue (celle de la vieille gauche, qui a étouffé la « deuxième gauche » moderne) ne font plus que faire tourner en boucle des clichés, qui abêtissent au lieu d’éclairer. Un des plus forts de ce temps est incontestablement la « lutte contre les stéréotypes ». On serait même tentés d’écrire la-lutte-contre-les-stéréotypes en un seul terme, tant le sens individuel des mots qui composent l’expression est désormais peu perceptible et tant la répétition quotidienne dont elle fait l’objet en gomme toute intelligence.

 

 

Cette expression figée est plus de l’ordre du déclencheur de réflexe conditionné et de code de ralliement inconditionnel que de la stimulation intellectuelle. « Lutter » ? Grand mot-code à l’ancienne qui condense toute les oppressions du monde, la détermination à ne pas se laisser faire, les heures de gloire du combat politique à la  mode XIXème/XXème ! « Stéréotypes » ? Une des origines de notre malheur, mon bon camarade, tu le sais comme moi, stéréotype = pas bon, pas bon du tout, ça ne souffre aucune contestation et quand on en sera définitivement débarrassé, alors tout y ira bien mieux !… Oui, je me gausse, il y a de quoi !

Et pourtant, ce n’est pas pour écarter totalement ce que cette expression consacrée peut encore contenir de valeur positive. Si la notion de combat contre les stéréotypes a émergé, c’est sans doute que certains d’entre eux étaient par trop réducteurs, assignaient les êtres à une place trop déterminée dont il était difficile de s’extraire si l’on était du mauvais côté de la réduction. Mais on pourra difficilement nier qu’à force de répétition et de martèlement, la « lutte contre les stéréotypes » est elle-même devenu un cliché, une injonction encore plus réductrice que les simplismes que ses promoteurs prétendent battre en brèche.

D’ailleurs, sommes-nous encore à cette époque de fixité des catégories et de contrainte morale forte par le langage ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un stéréotype et pourquoi peut-on à bon droit (celui de la Raison) avancer que les stéréotypes nous sont au moins en partie bénéfiques et même indispensables pour penser et exister ?

 

Catégories, stéréotypes, normes : vitaux comme l’oxygène de l’intellect

Exposé à la réalité d’un monde à la richesse incommensurable, l’esprit humain a naturellement tendance à organiser (agencer, arranger, catégoriser, classer, combiner, etc.). S’il ne le faisait pas, il recevrait ces phénomènes innombrables sans pouvoir faire autre chose que de tenter de les appréhender un par un, chacun dans sa singularité, et peinerait à avancer dans la connaissance. Les « stéréotypes » sont un des instruments de cette organisation de la pensée et de la connaissance. Voici comment les définit le Grand Robert :

 

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Le sens figuré [2] semble condenser, dans ses deux propositions, toute la tension à laquelle est soumise notre époque ! Ces deux acceptions sont en effet d’apparence contradictoire, la seconde (la plus ancienne) conférant une valeur positive au « stéréotype », tandis que la première (la plus récente) en appuyant la valeur négative.

La pensée idéologique dominante, on l’a dit en introduction, ne retient plus que la valeur négative des stéréotypes, sans aucune nuance. Ce faisant, elle défend une vision hyper-individualiste, ce qui ne manque pas d’interroger s’agissant d’une pensée se voulant « de gauche ». En effet, demander à n’être résumé par aucun stéréotype, pour un individu, c’est se vouloir maître intégral de la présentation de sa singularité, c’est-à-dire insaisissable, indéfinissable dans son inscription sociale.

Que les stéréotypes – notamment sexués –  aient pu enfermer les individus dans des définitions réductrices de leurs libertés, c’est indéniable, mais il serait tout aussi intenable de nier que les dénonciations de ces réductions ont été abondamment entendues depuis quelques décennies et que les esprits ont énormément évolué, au point que la quasi-totalité d’entre nous se défie désormais de ce travers.

On ne voit donc pas (et les idéologues de la question peinent à argumenter) pour quelle raison il y aurait une telle urgence, aujourd’hui, à agir de façon plus radicale que jamais contre les stéréotypes relatifs aux 2 sexes, notamment au travers des très controversés « ABCD de l’Égalité », qui ont toute l’apparence d’un conditionnement totalitaire des esprits de jeunes enfants, « remède pire que le mal » à l’évidence.

 

Un déchaînement d’anathèmes qui discrédite leurs auteurs

Symptôme supplémentaire de l’aspect idéologique et conflictuel des actions dans ce sens : leurs promoteurs, plutôt que d’argumenter leurs options de façon convaincante, s’attachent à délivrer des jugements moraux arbitraires qui ne visent qu’à déconsidérer – et disons-le même, à salir – le plus radicalement possible ceux qui s’avisent d’émettre des objections argumentées à ces choix politiques. Selon les journalistes concernés, selon la période, etc., mon quotidien « Libération » peut parfois faire un traitement mesuré et utile de cette question, mais de plus en plus, depuis 2-3 ans, il cède à la facilité de l’invective outrée et du discrédit infondé, ce qui ne l’honore pas.

Comme on peut le voir ci-après, les qualificatifs utilisés stigmatisent l’opinion différente comme insensée et nuisible, au travers de termes tels que « fumeux », « élucubrations », « folle rumeur », « réac », « stupide », etc. Par amalgame tautologique, « droite » et « extrême-droite » servent quotidiennement à déconsidérer sans argumenter :

 

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Une réalité biologique irréfutable

Les différences entre l’homme et la femme issues de nos natures distinctes sont pourtant difficilement contestables et la science – la vraie, s’astreignant à la « méthode scientifique » appliquée à un processus expérimental – l’établit clairement.

Dans un documentaire qui fait désormais référence, premier d’une série intitulée « Lavage de cerveau » (2010), le comédien norvégien Harald Eia confronte avec  méthode et sérieux la rigueur des travaux de vrais chercheurs scientifiques et le babil idéologique fuyant de « théoriciens du genre », qui finissent par en perdre leurs moyens. Dans le pays classé numéro 3 au palmarès (contestable) de « l’égalité homme-femme » du Forum Économique Mondial, et n°1 pour l’égalité éducative et professionnelle, les filles investissent encore plus qu’ailleurs les métiers de soin à la personne (infirmières, notamment) et les garçons les métiers techniques et de force (construction, ingénierie, etc.).

 

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Cliquez sur l’image pour voir la vidéo

 

Le chercheur anglais Simon Baron-Cohen établit clairement l’origine biologique de ces inclinations distinctes : c’est l’apport supérieur en testostérone aux enfants mâles, dès l’état fœtal. Il en déduit une typologie contrastée dans laquelle le comportement des garçons est très majoritairement « systémique », tandis que celui des filles est très majoritairement « empathique » (suivre le lien de l’image ci-dessous).

L’abaissement du niveau d’empathie par la testostérone dote également le mâle d’une appétence à la rudesse et à la confrontation physique et d’une plus grande capacité à trancher. Ces caractères naturels sont indéniables ; ils n’ont pas fait jusqu’ici l’objet d’une contre-argumentation convaincante, mais seulement d’incantations moralistes fallacieuses.

 

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Cliquez sur l’image pour lire l’article du blog de mon confrère Alexis Aguettant

 

Un utile renforcement de la nature par la culture

Cela dit, il n’est pas non plus contestable que la société a développé une culture de cette altérité sexuelle, notamment afin d’en renforcer la perception par les enfants en devenir des deux sexes. Elle le fait, entre autres moyens, par la diffusion de ces stéréotypes, qui aident à la construction par chacun de son identité sexuée, ainsi que par des institutions, récits, allégories, etc.

Pourquoi ? Parce que culturellement, du point de vue des rôles sociaux, et pour paraphraser Simone de Beauvoir en la complétant utilement, « on ne naît pas homme ou femme, on le devient ». En effet, si cette proposition du « Castor » est pertinente, elle a été formulée de façon partiale dans « Le Deuxième sexe » (1949), à l’orée de la période féministe moderne, pour servir d’abord un combat de libération et d’égalité des droits de la femme. Mais ce combat ne s’est pas arrêté à un rééquilibrage de l’importance des deux sexes et du respect qui leur est également dû. Nourri de ressentiment, notamment dans sa version américaine (cf. Valerie Solanas, 1969, Manifeste « Châtrez-les tous » !), ce combat a commencé à faire subir de façon symétrique, une oppression morale sans nuance aux garçons et aux hommes, qui les laisse aujourd’hui bien démunis de perspectives identitaires positives. Ainsi, le provocateur droitier mais utile et courageux qu’est Éric Zemmour a, dans les années 2000, publié « Le Premier sexe », symptôme d’un déséquilibre désormais inversé.

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D’ailleurs, on peut arguer qu’il est encore plus difficile de devenir homme que femme, dans la mesure où, sexe porteur de la force et de l’agressivité pour le compte de l’espèce, le mâle doit passer par un processus d’initiation où il est tenu de « se faire violence » à lui-même, afin d’être à même de maîtriser cette force et cette agressivité. Simone de Beauvoir ne l’occulte d’ailleurs pas dans sa réflexion, comme on peut le constater ci-après, mais sa rigueur intellectuelle a cédé, dans son esprit comme dans celui de ses commentateurs, devant le combat politique nécessairement partial qui était premier dans cette œuvre :

 

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Cliquez sur l’image pour lire l’extrait complet proposé par le site « Philo 5 »

 

Si le premier paragraphe illustre bien le biais du propos (affirmation péremptoire erronée, termes caricaturaux victimistes [que je souligne]), tout est bien mieux dit de la réalité contrastée des choses dans le second, étant précisé que « les exigences auxquelles on soumet [les garçons, à qui] il est demandé davantage » et à qui on insuffle pour y aider « l’orgueil de [leur] virilité » ne relèvent pas d’un arbitraire, mais sont fondées dans leur nature et le service particulier qu’ils peuvent rendre. Ce dispositif culturel fondamentalement initiatique n’a pas de visée primordiale antagoniste mais bien d’utilité sociale.

Or le parti-pris actuel en faveur de la promotion des filles se fait, dans les discours et dans les actes, au détriment des garçons, comme l’illustre cette statistique préoccupante du PISA pour la période 2000-2012, marquant une rupture grave de conséquences avec le principe d’équité  :

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Quelle égalité ? Quelles inégalités ?

Égalité en droits

La véhémence non démentie des discours féministes – aujourd’hui dépassés du point de vue des besoins réels de notre société – ne s’appuie quasiment que sur un seul semblant d’argument, celui de l’égalité. Or l’égalité en droits des hommes et des femmes est désormais, en France, une réalité qui n’est contestée par personne. Et tout autre type d’égalité entre des individus tous différents, avec chacun des atouts et des manques, est à la fois difficile à justifier dans la raison et nécessairement incertain dans sa mise en œuvre.

Égalité des chances ?

Même une prétention, à la base généreuse, « d’égalisation des chances » est au moins à moitié illusoire, d’autant qu’une telle politique s’appuie sur des définitions à très gros traits – donc réductrices – des uns et des autres. L’absence de résultat après plusieurs décennies d’impulsions dans ce sens accrédite cette appréciation.

Égalité dans la représentation (parité) ?

Le volontarisme égalitaire en matière de représentation politique, médiatique ou dans le monde du travail est tout autant affecté de biais mal inspiré. La prétention à la parité homme-femme est fondamentalement anti-républicaine ; nourrie de ressentiment anti-homme, elle piétine le principe fondateur d’indiscrimination des citoyens à raison de leur sexe, de leur couleur, de leur origine, ainsi que le développement de chacun par l’effort et par le mérite. Si la représentation politique ou médiatique devait faire des discriminations et des attributions privilégiées en fonction du sexe, alors il n’y aurait pas de raison qu’elle s’arrête à ce critère, et l’action publique devrait logiquement en venir à une politique de quotas en fonction d’autres critères identitaires ce qui, on le répète tant cela semble devoir être réaffirmé, piétine les bons principes républicains.

Utilité marginale et mesurée de la « discrimination positive »

Il ne s’agit pas de s’interdire formellement toute action de « discrimination positive », dont bon nombre de mesures politiques, notamment relevant de la redistribution, relèvent peu ou prou. On peut ainsi penser que la parité homme-femme dans les scrutins de liste municipaux, à l’articulation de l’action politique et de la citoyenneté active est un sain coup de pouce à l’implication des femmes en politique. Sans pour autant verser dans un systématisme dont l’esprit est absent et le ressentiment trop présent.

Inégalité des salaires ?

La notion de « rumeur » a été utilisée récemment avec légèreté pour nier la généralisation en cours de la promotion de l’idéologie de genre à l’école. On pourrait bien plus justement qualifier de « rumeur » l’idée selon laquelle il y aurait d’évidence un grand écart moyen de salaire, de l’ordre de 20% à 28%, entre les hommes et les femmes. Les statistiques sur lesquelles s’appuient ces affirmations sont composites et il est quasiment impossible de conduire des comparaisons rigoureuses toutes choses égales par ailleurs.

A l’appui d’un jugement beaucoup plus réservé en la matière, Cyril Godonou a conduit une analyse sérieuse et bien plus fine que ce que l’on peut lire habituellement, et il argumente ainsi qu’il ne semble pas exister d’écart significatif et qu’il semble exister, en moyenne, un rapport au travail différencié entre hommes et femmes :

 

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Cliquez sur l’image pour lire l’article de Cyrille Godonou

 

Cet argument de l’écart salarial, qui manque sérieusement de substance, est pourtant martelé à l’envi par les voix ultra-féministes, ce qui révèle son instrumentalisation comme boutoir rhétorique pourtant creux.

 

Au tour des garçons : redonner des repères d’identité sexuelle positifs

Que la période moderne (ces deux derniers siècles) ait permis de dépasser les travers excessivement machistes de cette culture de la différence sexuelle et de parvenir à une égalité en droits des deux sexes est un progrès indéniable. En arriver à diaboliser systématiquement les caractères propres à la nature masculine et à tout faire pour les délégitimer de façon déloyale et censurer leur réalité au travers, par exemple, des « ABCD de l’Égalité », qui devraient être retirés des programmes, est évidemment inacceptable et nuisible à la société dans son ensemble.

On peut d’ailleurs relever aujourd’hui deux travers idéologiques symétriques et qui se contredisent : « L’homme est une femme comme les autres » – déni pur des caractères masculins, de l’agressivité, et espoir illusoire d’un « monde sans violence » – et « La femme est un homme comme les autres » – focalisation partiale sur les avantages masculins, déni des caractères féminins. Ces deux formes successives de déni de la noblesse respective des deux rôles sexués, opposées et marquant au passage  l’incohérence de la démarche, sont aussi dangereuses et sans perspectives positives l’une que l’autre.

 

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2 Réponses »

  1. Merci pour votre intervention à la LMPT que j’ai trouvée très pertinente.

    A vrai dire , je découvre , assez ahuri , sur votre site , les « anti-masculinistes » dont j’ignorais tout et qui ont la faveur du Ministère d’après ce que vous nous expliquez.

    Je vais suivre votre site.

    Encore merci !

    • Merci de votre appréciation, Bernard ! 🙂

      Mon intervention d’hier sur le podium d’arrivée de la manif’ LMPT du jour est lisible ici
      (j’y ai un peu souligné et surligné quelques passages en réponse à un twitto qui me demandait, en gros, « Mais en quoi êtes-vous de gauche ? ») :

      http://ahp.li/2cd0f27f7020d5a68236.pdf

      D’ailleurs votre satisfaction exprimée me fait me dire que je pourrais publier ce texte comme billet de ce blog.

      « La faveur », c’est peut-être beaucoup dire. C’est la tendance générale actuelle de continuer à penser, jusqu’à l’absurde, que « le progrès », c’est nécessairement juguler toujours plus ce qui est masculin. Ce faisant, d’ailleurs, les mêmes qui prétendent absolument « lutter contre les stéréotypes » pour que tout aille mieux en commettent un, pour le coup vraiment réducteur et bien plus mal intentionné que bien d’autres : le cliché fameux du « mâle occidental blanc » dont tout le mal viendrait. Qu’ils ne s’en rendent aucunement compte donne la mesure du déficit de lucidité, de cohérence et d’analyse qui colle à ces vues-là !

      Merci de votre soutien. Je publie très peu, ayant d’autres soucis, mais les encouragements comme le vôtre ne peuvent que m’encourager à publier plus.

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